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Le rude et résistant tarpan
Tout ce qui reste du tarpan consiste en deux crânes, un dessin, quelques peintures rupestres et une description donnée par Johann Friedrich Gmelin, un naturaliste allemand qui, en 1769, se rendit en Ukraine, expressément pour voir le tarpan. Il en parle comme d'un petit animal très rapide et timide, au long pelage gris souris, aux pattes noires, aux oreilles pointues, aux yeux ardents, à la crinière dressée et à la queue poilue. Le tarpan disparut d'une part parce qu'il fut abondamment chassé, d'autre part parce que sa race se perdit du fait de croisements avec des chevaux domestiques. Gmelin raconte que ces chevaux sauvages se rendaient fort importuns en venant manger les meulettes de foin prêt à être emporté, deux bêtes ayant raison d'un tas en une nuit. Il dit encore que ces étalons sauvages débauchaient les juments domestiques après avoir vaincu leurs étalons dans des luttes sanglantes où ceux-ci trouvaient souvent la mort. On croit que les petits chevaux des grottes paléolithiques de Lascaux étaient aussi des tarpans.
Les derniers véritables tarpans ont été massacrés en Ukraine, au milieu du XIXe siècle. A la fin du XVIIIe siècle, il en existait encore un troupeau dans la forêt de Bialowieza, mais les survivants ont été capturés en 1812. D'abord conservés un certain temps dans un parc privé près de Bilgoraj, ils furent finalement distribués aux paysans des environs du début du XIXe siècle.
En 1936, de petits chevaux domestiques de cette région, les koniks polonais, présentant les caractères du tarpan mais ayant toutefois une crinière longue et retombante très caractéristique des chevaux domestiques, ont été placés dans une réserve de la forêt de Bialowieza, et on s'est efforcé, depuis, de les sélectionner, en recherchant le type perdu du tarpan.
En 1955, le troupeau avait pris un comportement sauvage très net, et les animaux paraissaient fertiles. Les auteurs de cette expérience espèrent obtenir, en pratiquant des rétrocroisements, des résultats meilleurs que ceux qui avaient déjà été obtenus en croisant dans le même dessein des familles de poneys d'Irlande avec un étalon de cheval de Przewalski.
Le tarpan était un cheval de petite taille et à crinière dressée comme le cheval de Przewalski, mais sa robe gris souris en été, blanchâtre en hiver, l'en distinguait nettement, ainsi que son corps plus délié, sa tête plus fine et ses membres plus allongés.
Aux temps préhistoriques, le tarpan vivait dans toute l'Europe et en Asie jusqu'au Turkestan russe. Il est possible que ce soit dans les steppes du Turkestan, au nord des montagnes de Perse, que la domestication du cheval ait débuté, il y a plus de cinq mille ans, pour s'étendre ensuite lentement vers l'ouest. Elle aurait atteint à peu près en même temps l'Europe et l'Asie-Mineure. Le perfectionnement des chariots et des attelages aurait permis l'invasion de l'Egypte au second millénaire avant J.-C.
Selon l'opinion de Zeuner, le cheval de Przewalski n'aurait été domestiqué qu'en Asie centrale et en Chine, et seules quelques races actuelles de ces pays en seraient les descendantes. En revanche, le tarpan serait à l'origine de la majorité des chevaux domestiques.
Chevaux sauvages de Mongolie
Nicolai Przewalski, explorateur russe, qui se rendit en Asie centrale en 1881, découvrit le cheval qui porte depuis lors son nom. A l'époque, ces chevaux semblaient être nombreux, mais les temps troublés qui suivirent la révolution de 1918 vinrent diminuer leurs troupes. On croit qu'il en survécut quarante, mais certains zoologues laissent entendre que même ceux-là étaient abâtardis par des croisements avec des chevaux domestiques. Actuellement, on tente de protéger les derniers individus sauvages de la Mongolie et d'en garder dans les jardins zoologiques. Le cheval de Przewalski est trapu, mesurant 1,35 m à l'épaule; de couleur brun orangé, il porte une crinière noire dressée, n'a pas de toupet sur le front et sa queue est fournie de longs crins noirs. Son manteau d'été est barré par une bande noire au milieu du dos. Une raie peu visible passe sur ses épaules et les pattes sont rayées jusqu'aux genoux.
Chevaux semi-sauvages
Les chevaux sont prompts à revenir à l'état sauvage. Le fait s'est produit en tant de régions qu'on comprend aisément comment les chevaux sauvages survivant à la domestication se soient abâtardis par des croisements avec des bêtes déjà domestiquées. Les mustangs semi-sauvages des Etats-Unis et les "brumbies" d'Australie en sont des exemples bien connus. Les poneys de New Forest, d'Exmoor et de Dartmoor, en Angleterre, en sont probablement un autre exemple, mais ils sont semi-sauvages depuis si longtemps que leur ascendance est sujette à controverse.
Le sourire de la colère
Les chevaux sauvages vivent en grandes troupes dans les steppes et les plaines herbeuses. Un étalon dirige le troupeau composé des juments, des poulains et des pouliches. Le maître étalon écarte du troupeau les poulains ayant atteint leur maturité. Les chevaux domestiques et les chevaux revenus à l'état sauvage tendent à se grouper en formations identiques mais moins nombreuses. Etant grégaires, les individus doivent avoir un moyen habituel de communication dépendant de l'expression et de la position. Les oreilles couchées en arrière et la bouche ouverte, les coins relevés pour montrer les dents sont signes d'agressivité. La salutation et l'amitié se témoignent de la même manière à ceci près que les oreilles sont dressées et que, si l'animal montre les dents, il ne relève toutefois pas les coins de la bouche. Des intentions pacifiques et de soumission, telles qu'en manifeste un jeune étalon lorsqu'il approche le chef sans souhaiter défier son autorité, sont prouvées par l'inclinaison très basse de la tête, les oreilles penchées de côté presque à l'horizontale, la bouche ouverte, mais faisant un mouvement de mordillage avec les incisives. Un témoignage encore plus ardent d'affection vis-à-vis du chef consiste à lui mordiller la peau à la racine de la queue; il suffit pour transformer l'hostilité en harmonie et, par la suite, le chef sera enclin à présenter son arrière-train afin que la racine de sa queue reçoive le même hommage. Une jument en chaleur montrera aussi les dents à l'étalon mais en dressant les oreilles ainsi que son arrière-train et en tournant sa queue sur le côté. Les étalons combattent entre eux, dressés sur leurs pattes postérieures et luttant avec les sabots de leurs pattes antérieures. Lorsque la lutte s'envenime, les dents deviennent des armes et ils se mordent sauvagement, surtout sur l'encolure. Lorsqu'un individu est attaqué isolément par un ennemi naturel, tel que le loup, il frappera d'abord avec les sabots de devant. Inquiétés, les chevaux sauvages s'alignent parfois de front, ce qui permet de supposer qu'ils forment ainsi une phalange destinée à protéger le reste du troupeau, et principalement les jeunes, par un écran défensif.
Le petit naît onze mois après l'accouplement. Un jeune mâle est appelé poulain jusqu'à l'âge de quatre ans, une femelle pouliche jusqu'au même âge. Les chevaux vivent ordinairement jusqu'à vingt ans, atteignant fréquemment trente et quarante ans, le record enregistré étant soixante-deux ans.
Les peintures rupestres
"A l'époque où l'homme disposait d'immenses terrains de chasse et où le gibier était encore abondant, de petits groupes de chasseurs poursuivaient tout ce qui passait à portée de leurs épieux et de leurs flèches. Tout animal comestible était de bonne prise, puisque leur souci majeur était d'assurer la subsistance du clan. Un grand troupeau de chevaux sauvages représentait la nourriture de plusieurs semaines. Le chasseur des cavernes vivait dans une incertitude constante. Son monde était peuplé de divinités et de spectres. Il était hanté par l'angoisse du lendemain et pratiquait un grand nombre de rites magiques pour s'assurer une chasse fructueuse. Pourquoi ne pas peindre ce gibier sur les murs de la caverne? Ne posséderait-il pas alors l'animal vivant, réel, aussi bien que sa représentation?
"Les premières représentations graphiques nous révèlent une atmosphère d'incantations mystiques et expriment les terreurs obscures de l'être humain qui n'est pas encore maître de son environnement. Ces peintures aux coloris magnifiques, si bien conservées, ont attendu durant des millénaires dans la profondeur des cavernes le premier rayon lumineux de la lampe des spéléologues.
"Nous connaissons à présent les chevaux de la dernière glaciation. Nous pouvons les comparer au tarpan et au cheval de Przewalski, les races les plus anciennes subsistant à notre époque. Et nous savons que les chevaux que chassaient nos ancêtres ressemblaient fort à ceux que l'on élève actuellement dans l'intérêt de la science. Les petits troupeaux, qui sont conservés dans nos jardins zoologiques et dans des réserves gardées, sont des exemples vivants de l'évolution animale. Ainsi, tentant de retracer la première rencontre de l'homme et du cheval, pouvons-nous, grâce à ces fresques peintes sur les murs des cavernes, imaginer le monde magique qui emprisonnait nos ancêtres.
"Le vrai mystère de la domestication du cheval reste entier; notre seule certitude est que ces premières représentations picturales remontent à une époque où l'homme ne régnait pas encore sur le troupeau et n'avait pas encore asservi sa plus noble conquête."
Les chevaux dans la bataille
La domestication du cheval a eu d'immenses répercussions sur l'histoire de l'humanité. Des nombreuses représentations anciennes du cheval, on peut conclure que celui-ci fut utilisé comme bête de trait avant d'être monté. "Les plus anciens hymnes védiques de l'Inde, de même que les codes et commentaires de l'Iran antique — notamment le Zend Avesta — mentionnent des chevaux équipant des chars de combat, et par ailleurs victimes de sacrifices rituels. En d'autres termes, à peine l'homme venait-il de domestiquer le cheval qu'il réalisait à quel point il pourrait accroître sa puissance guerrière. Dès les plus anciennes relations écrites, le cheval, la guerre et les divinités multiples sont étroitement associés. Ainsi lit-on dans le Zend Avesta: "Dieu lui-même est apparu sur un cheval, et ce n'est pas une mince faveur que le Seigneur leur a octroyée en les prenant à son service." "Le cheval apparaît en Egypte à la XVIIIe dynastie (1552-1306 avant J.-C), il n'est alors qu'un animal de trait: tous les documents (figurines, sculptures, céramiques) qui sont parvenus jusqu'à nous montrent des chevaux harnachés, attelés à des chars de combat ou de chasse."
Plus tard, toutefois, il devint bête de somme pour transports lourds, particulièrement pour l'équipement de la cavalerie. Les meilleurs chevaux furent toujours réservés aux monarques et aux nobles, ils étaient et sont encore un symbole de hiérarchie sociale. Spécialement dans le Proche-Orient, un cheval représentait tout pour son cavalier, qui le prisait autant et parfois plus que ses propres enfants. Sans les chevaux, les conquêtes de Gengis Khan et des Mahométans auraient été impossibles. Ces derniers traversèrent le nord de l'Afrique, envahirent l'Espagne, puis les Francs les arrêtèrent à Poitiers en 732, parce qu'ils avaient des montures plus lourdes. Les conquistadores espagnols, parce qu'ils étaient montés, réussirent leur conquête de l'Amérique du Sud. Les peuples aborigènes de l'Amérique du Nord eurent tôt fait d'apprendre à se servir du cheval, cependant que les pionniers dépendaient de lui, non seulement au combat contre les Indiens, mais encore pour le rassemblement des troupeaux.
Les chevaux dans le monde
"Les chevaux ont disparu du continent américain qui fut leur habitat originel, jusqu'à ce qu'en 1493 Christophe Colomb amène à bord de ses caravelles trente chevaux dans le Nouveau-Monde. Les races américaines actuelles descendent des chevaux qui arrivèrent d'Espagne au XVIe siècle, sur les voiliers des conquistadores. Plus tard on importa des chevaux irlandais, des pur-sang anglais, des arabes et des représentants des autres races européennes.
"On rencontre dans tous les pays sud-américains un cheval de taille moyenne, trapu, musclé, robuste et endurant: le criollo. Les autres races de selle sud-américaines, tels le llanero ou le campolino, lui ressemblent. Ce sont des chevaux polyvalents, excellents gardiens de troupeaux. Ils constituent parfois le seul moyen de transport dans les montagnes et les pampas. De petits chevaux de montagne au pied sûr sont utilisés comme animaux de charge, en altitude; le moro-chuco du Pérou en est un exemple. Une grande partie du continent sud-américain offre d'excellentes conditions pour l'élevage des chevaux. Peu de temps après la conquête du Pérou par les troupes de Pizarre, les régions avoisinant le Rio de la Plata étaient déjà peuplées de troupeaux de chevaux.
"La grande majorité des races européennes de chevaux remonte à des souches autochtones anciennes. On pourrait difficilement trouver de meilleures conditions pour l'élevage des chevaux que celles qui sont réunies dans les îles Britanniques et en Irlande. Un grand nombre de races y sont nées. Les îles situées entre la mer du Nord et l'océan Atlantique ont produit neuf races de poneys domestiques. Ce sont: le poney new forest du sud de l'Angleterre, le poney de Dartmoor, du sud-ouest, l'exmoor, le poney des montagnes du Pays de Galles Welsh mountain pony, le shetland, le poney des Highlands d'Ecosse, le fell, le dales du nord de l'Angleterre et le poney de Connemara."
Les races européennes de chevaux de selle sont issues des chevaux arabes, barbes et persans.
"La création de la plupart des races européennes date de l'époque où les effectifs de la cavalerie devaient être régulièrement approvisionnés par une remonte locale."
"Les chevaux espagnols ont exercé une grande influence sur de nombreuses races d'Europe. Un apport considérable de sang oriental a été introduit sur le continent européen, par la péninsule Ibérique.
"L'Espagne produit les sorreias, chevaux miniatures très proches du type des chevaux primitifs, et les andalous, arrondis et élégants, actuellement réputés dans le monde entier. On les appelle souvent "chevaux espagnols". Ils sont probablement issus de croisements entre des chevaux indigènes et des chevaux orientaux importés par les Maures.
"On suppose que les chevaux du nord de l'Europe descendent d'une race ancienne de poneys celtiques, qui serait l'ancêtre présumée des poneys d'Ecosse et du nord de l'Angleterre. La similitude entre le nordheste et le poney des Highlands d'Ecosse, de même qu'entre le döle et le fell, est réelle.
"Dans la région comprise entre la chaîne de l'Atlas, de l'Afrique du Nord, jusqu'au Kurdistan en Asie-Mineure, on trouve les races les plus diverses de chevaux orientaux. Le pur-sang arabe occupe le premier rang, bien que cette race ne soit pas la plus ancienne. Ses plus beaux représentants vivent sur les hauts plateaux d'Arabie. Les magnifiques chevaux syriens prospèrent entre Alep, Damas et Bagdad. Les chevaux du Kurdistan sont moins élégants et plus anguleux. Le turcoman est élevé dans les steppes de la Transcaspie. Le barbe, plus grand que le cheval arabe, appartient à une famille plus ancienne. Sa morphologie est moins harmonieuse; sa tête est longue et souvent busquée. Ce cheval, robuste, de caractère facile, est très apprécié en raison de son endurance.
"Une multitude de races sont élevées en URSS. L'éventail comprend le véritable cheval sauvage du désert de Gobi et ses descendants directs, les poneys de Mongolie et toutes les formes intermédiaires, jusqu'à l'élégant pur-sang de grande taille."
Domestication
Les hommes primitifs chassaient les chevaux pour leur chair. Cet animal constituait un gibier au même titre que les autres mammifères. Ils traquaient les chevaux par tous les moyens dont ils disposaient. Une des méthodes classiques consistait à encercler un troupeau entier. Les hommes rabattaient les animaux à coups de massues, vers des précipices. Les chevaux, affolés, s'y précipitaient. Le troupeau entier s'écrasait dans l'abîme et gisait au bas de la falaise. Ces massacres assuraient aux hommes une alimentation abondante, ainsi qu'une provision de peaux et d'os, dont ils confectionnaient leurs outils rudimentaires.
"Quand et où fut domestiqué le premier cheval? Quelque part en Asie, ou dans l'ancienne Europe, un homme dut être frappé un jour par l'idée de capturer vivant ce gibier agile. Nous ne pouvons déterminer avec précision si ces hommes primitifs ont d'abord utilisé les chevaux comme animaux de trait ou comme montures. Sans doute ont-ils commencé à tirer de lourdes charges grâce à des cordages."
"Les habitants de l'Inde furent peut-être les premiers à domestiquer les chevaux, qui figurent dans leur mythologie sous une forme grandiose et poétique. Les Indiens ont fait du cheval le symbole de Viradsh, la force vitale qui régit l'ensemble du monde animé. Dans cette symbolisation, chaque partie du corps du cheval correspond à l'une des composantes de l'univers connu.
"La tête correspond au matin;
Les yeux représentent le soleil;
La bouche ouverte désigne la chaleur naturelle;
Le corps entier représente l'année entière;
Les membres sont les saisons;
Les articulations indiquent les mois;
La chair suggère les nuages;
La crinière indique les arbres;
Le dos est le paradis;
Les os sont les étoiles fixes;
Les vaisseaux sanguins signifient les océans;
Le foie et la rate représentent les montagnes;
Son bâillement est l'éclair;
Son écume représente le tonnerre;
La moiteur de sa peau évoque la pluie;
Et son hennissement, la parole.
"En Extrême-Orient, l'invention de l'art équestre fut attribuée à Chen-nong, l'empereur mythique. Dans un texte sacré remontant à 2155 avant notre ère, on peut lire en ces termes la description d'une éclipse solaire: "Les rapports habituels du soleil et de la lune ne se produisirent pas le premier jour du dernier mois de l'automne. Un aveugle battit le tambour, les mandarins montèrent à cheval et le peuple accourut en foule."
"Cela prouve que, à cette date, l'équitation était connue en Chine. Plus tard, on remarqua que les Chinois utilisaient des selles à troussequin surélevé et des étriers courts, rappelant le style impétueux et naturel pratiqué dans les steppes de Mongolie. Mais nous ne pouvons établir s'il s'agit là d'un moyen de transport pour l'homme ou d'un semblant d'équitation telle qu'on l'entend de nos jours. Il semble cependant qu'en Chine les chevaux aient été montés avant d'être attelés, si l'on s'en tient à la tradition. L'empereur Huang-di, le successeur de l'empereur Chen-nong, fut le premier à qui revint le mérite de dresser des chevaux de trait.
"Les sculptures des ruines de Persépolis témoignent de l'emploi considérable des chevaux par les dynasties des empereurs de Perse, créateurs d'un réseau routier et d'un système de relais postaux célébrés par toute leur littérature classique.
"De même, Ninive et Babylone connurent l'élevage des chevaux, dont les représentations parvenues jusqu'à nous montrent un type majestueux: la tête large, le corps puissant mais épais, l'encolure courte et le dos robuste, type qui se retrouve sur de nombreux bas-reliefs, richement harnaché, attelé à un char ou monté par un cavalier.
"La mythologie grecque considère Poséidon, le dieu de la Mer, comme le créateur des chevaux. Mais bientôt les concepts de mer, de source et de coursier vont se trouver confondus en Pégase, le cheval ailé, qui fera naître d'un coup de sabot la fontaine Hippocrène. Ainsi s'établit un lien étroit entre le cheval et l'eau dans le cycle mythologique hellénique. Les centaures, mi-hommes, mi-chevaux, tirent également leur origine des fontaines.
"Bien qu'Homère dans son Iliade ne mentionne que des chevaux attelés à des chars, la cavalerie existait déjà en Grèce. L'Art équestre de Xénophon est le premier traité complet et ordonné consacré à l'équitation; il date de l'an 400 avant notre ère.
"On chercherait en vain les fameux chevaux arabes dans les plus anciens textes grecs et romains. Cette race de chevaux, la plus belle de toutes, ne remonte sans doute pas au-delà du VIIe siècle de notre ère. Avant cette date, les coursiers des Sarrasins ne sont mentionnés que par l'historien romain Ammianus Marcellinus (330-400 après J.-C). C'est le prophète Mahomet (570-632) qui enseigna aux Arabes l'élevage des chevaux et qui les familiarisa avec cette race, dont seuls les représentants pouvaient survivre à la vie extrêmement dure du désert. Les Bédouins d'Arabie racontent la plus belle des légendes, la création du cheval:
"Lorsque Dieu décida de créer le cheval, il dit au vent du sud: — Condense-toi afin que de toi je crée un nouvel être pour glorifier mes saints et humilier mes ennemis.
"Et le vent du sud répondit: — Seigneur, sois-en le créateur. Et Dieu prit une poignée de vent du sud, étendit son souffle sur elle, et créa le cheval."
Races domestiques
Dans le monde des chevaux, le roi est l'arabe, de structure légère et fine, qui se distingue par son front bombé, son profil concave, son museau effilé, son encolure courbe, son dos court et droit et ses longues pattes gracieuses. La façon dont se sont produites les diverses races — arabe et autres — est un sujet de controverse, comme d'ailleurs presque tout ce qui concerne les chevaux. Il paraît vraisemblable qu'il y eut, à travers l'Europe et l'Asie, plusieurs sous-espèces de chevaux sauvages et que les premières races domestiques reflètent leurs différences. Il est également possible que la domestication ait eu lieu simultanément en des régions éloignées les unes des autres. Une chose semble certaine: il y eut les arabes d'une part et les chevaux nordiques de l'autre, ceux-ci étant principalement de deux types, un cheval lourd et un cheval celtique plus léger, dont le poney d'Islande est le type. Au cours du dernier millénaire, ou à peu près, et toujours davantage à mesure que le temps passait, les étalons arabes furent importés en Europe pour rajeunir les autres races.
En leur temps, les lourds chevaux nordiques furent montés par des chevaliers aux lourdes armures. Quand disparurent les armures, la cavalerie lourde demeura mais ces races furent amenées à faire des besognes plus serviles, en particulier à tirer de lourdes voitures de roulage. Gardèrent le prestige du gros trait le clydesdale, le suffolk, le belge et le percheron, cette dernière race étant un peu moins lourde. Parmi les quelque soixante autres races, on peut citer le hackney, le cheval à hautes actions de l'époque des équipages, précédant le temps du moteur à explosion, le poney gallois et, à l'opposé du gros trait et du clydesdale, le poney de Shetland. De l'autre côté de l'Atlantique, le morgan est une race célèbre, issue d'un unique géniteur. En 1795 naquit à Vermont un petit étalon bai qui procréa une race nommée d'après son propriétaire, un certain Justin Morgan, et fut préférée aux autres aux Etats-Unis pour les équipages ainsi que pour la cavalerie et la police montée. C'était sans doute un pur-sang, mais il était plus lourd qu'un pur-sang de race arabe, le cheval réputé pour les concours hippiques.
Les particularités
La robe du cheval varie à l'infini, à la satisfaction des amateurs. En fait il n'existe guère deux robes absolument identiques. "La couleur de la robe et ses particularités jouent certainement un rôle déterminant dans le choix des chevaux, chaque fois que leur extérieur importe plus que leurs performances. Les uns aiment les robes bigarrées, les chevaux pie, les autres préfèrent les chevaux à marques blanches à la tête. D'autres enfin sont encore plus exigeants. Ainsi, le poète Binding prodigue ses recommandations détaillées dans ses "Conseils à la bien-aimée pour le choix d'un cheval":
"Les chevaux d'apparat ne conviennent pas à une noble dame. Montez des chevaux qui vous soient appropriés. Vous pouvez faire choix d'une robe de couleur riche, voire magnifique pour certaines occasions, mais ne vous laissez pas guider par l'ostentation. Si vous portez une amazone de couleur neutre, agissez de même pour votre cheval, laissez les robes criardes, les balzanes, les alezans qui boivent dans leur blanc aux coquettes et aux catins. Prenez un cheval à robe pure et sombre, bai, noir ou brun foncé."
"Il faut, pour décrire les robes et leurs particularités, faire appel à un vocabulaire spécial. En dehors des particularités de la tête (marques sur le front, listes sur le chanfrein), les taches blanches sur les membres prennent le nom de balzanes, et, selon leur taille, on distingue: trace de balzane, principe de balzane, petite balzane, balzane, grande balzane, balzane chaussée, haut chaussée et très haut chaussée (cette dernière dépassant le jarret). Ces particularités demeurent inchangées tout au long de la vie du cheval et sont, pour cette raison, mentionnées dans le signalement qui figure sur le certificat d'origine, de même qu'une cicatrice sera portée sur un passeport. Leur forme et leur taille sont un effet du hasard et rien ne peut les modifier.
"Les races du cheval auraient depuis longtemps disparu si leurs robes avaient été telles que nous les voyons actuellement, alors qu'ils vivaient encore à l'état sauvage, ignorant la protection et le pouvoir des hommes. Les couleurs des chevaux domestiqués sont nées grâce à la sélection opérée par l'élevage. Les chevaux sauvages, les véritables chevaux primitifs, avaient une robe variant du gris souris au café-au-lait.
"Les chevaux domestiques présentent quatre robes simples, d'une seule couleur: le noir, uniforme, mais d'une teinte plus ou moins franche;
l'alezan: il peut être fauve, roux, doré, cuivré, brûlé ou foncé;
le café-au-lait, qui peut être clair ou foncé; le blanc, qui n'est jamais blanc à la naissance, et peut avoir des reflets grisâtres ou jaunâtres.
"Lorsque les extrémités et les crins (crinière et queue) sont noirs, la robe est dite composée. Nous avons ainsi:
le bai, de teinte rougeâtre, clair, châtain, acajou ou brun;
l'isabelle — qui doit son nom à l'archiduchesse d'Autriche qui fit vœu de ne pas changer de chemise tant que son époux assiégerait Ostende, ce qui dura... trois ans;
le gris souris, plus ou moins clair.
"On rencontre également des robes où les couleurs sont mêlées dans la robe et dans les crins, rouan (rouge, blanc et noir) ou aubère (blanc et fauve)."
Evolution du cheval
En 1838, William Colchester, un briquetier de Kingston dans le Suffolk, mit à jour une dent fossile tandis qu'il creusait de l'argile pour sa fabrique. L'année suivante, à Studd Hill, dans le Kent, William Richardson ramassait des fossiles lorsqu'il trouva ce qu'il prit pour le crâne d'un lièvre. D'autres fossiles de même nature furent découverts d'un animal auquel on donna le nom de Hyracotherium. On l'a également appelé Eohippus, ou cheval des premiers temps, qui vécut il y a soixante-dix millions d'années. Le crâne, sinon les dents, ressemble bien à celui du cheval actuel, mais les pattes antérieures avaient quatre doigts et les postérieures trois. Pendant le siècle suivant ces deux premières découvertes en Angleterre, de nombreux fossiles furent mis à jour et rassemblés. Lorsqu'ils sont disposés par ordre chronologique, ils nous donnent une image presque complète de l'histoire géologique des chevaux, que nous voyons peu à peu grandir. En même temps, le crâne tourne légèrement sur son long axe pour passer de ce qui ressemblait à un crâne de lièvre à la charpente plus lourde de celui du cheval actuel. Les molaires, alors assez semblables à celles de l'homme, commencèrent par être petites avec des protubérances, puis se muèrent progressivement en molaires du cheval actuel dont les arêtes de la surface supérieure sont bien adaptées au broyage des herbes, qui constituent sa principale nourriture. Cependant que ces changements s'opèrent, les pattes s'allongent, les doigts s'amenuisent puis disparaissent, sauf celui du milieu qui devient plus long et plus robuste. Pour finir, dans le cheval actuel, les os de la partie inférieure de la jambe sont faits de ceux du doigt du milieu dont l'ongle, démesurément agrandi, devient sabot.
Nous n'avons que pour bien peu d'espèces animales un pareil échantillonnage d'os fossiles et pourtant, surtout parmi les amateurs de chevaux, certains ont de la peine à admettre que le noble animal ait eu, au départ, la dimension d'un lièvre. Si nous disions, en matière de concession, que l'homme a sélectionné les chevaux pendant 3500 ans, nous découvririons qu'il est arrivé à obtenir des contrastes aussi grands que ceux qui séparent le poney du Shedand du gros trait, le premier atteignant au plus une longueur de 105 cm, alors que le second arrive à 170 cm et peut tirer une charge de cinq tonnes. S'il y a une marge beaucoup plus grande entre l'Hyracotherium et le cheval sauvage, la période de transformation s'échelonne sur vingt mille fois plus de temps que les 3500 ans nécessaires à donner le shetland et le clydesdale.
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